À Propos de Prier Avec Marie - Histoire et Mission Spirituelle

La Voie de Marie dans l'Histoire du Salut

Prier Avec Marie est née du désir profond de faire connaître la place essentielle de la Vierge Marie dans l'œuvre de Salut.

Cf. LETTRE ENCYCLIQUE
Redemptoris Mater (25 mars 1987)
DU SOUVERAIN PONTIFE
JEAN-PAUL II
SUR LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE
DANS LA VIE DE L'ÉGLISE EN MARCHE

La vierge Marie dans le mystère du Christ et de l'église
(Hommage au Cardinal Louis-Marie Billé (1938-2002) - Église catholique en France)

(Extrait du Cathéchisme des évêques de France)

Le rôle de la Bienheureuse vierge Marie dans le mystère du verbe incarné et du corps mystique (LG, 54).
 

La fille de Sion, "comblée de grâce".


"Réjouis-toi, comblée de grâce (..) Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu" (Lc, 1, 28-30). Cette salutation de l'ange Gabriel est l'appel à la joie adressée jadis à a fille de Sion, au peuple de Dieu, à qui est annoncée sa délivrance (Cf. So 3, 14-17 ; Za 2, 14). Ce salut introduit une révélation : Marie est "comblée de grâce".

Appelée à "donner au monde la vie, la vie même qui renouvelle tout", elle "fut pourvue par Dieu de dons à l amesure d'une si grande tâche (LG, 56). On doit dire que tout en Marie vient de la grâce de Dieu.

 

LE CANTIQUE DE MARIE

Mon âme exalte le Seigneur,

exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !

Il s'est penché sur son humble servante ;

désormais, tous les âges me diront bienheureuse.

Le Puissant fit pour moi des merveilles ;

saint est son nom.

Son amour s'étend d'âge en âge

sur ceux qui le craignent.

Déployant la force de son bras,

il disperse les superbes.

Il renverse les puissants de leur trône,

il élève les humbles.

Il comble de biens les affamés,

renvoie les riches les mains vides.

Il relève Israêl, son serviteur,

il se souvient de son amour,

de la promesse faite à nos pères,

en faveur d'Abraham et de sa race à jamais. (Lc 1, 46-55).

La foi de Marie.

Mais on doit dire aussi, que tout, en Marie, est réponse libre et active de la foi, réponse que la grâce appelle et suscite. A la parole de l'ange, c'est à dire à la parôle de Dieu qui lui est transmise, la vierge de Nazareth répond : "Voiçi la servante du Seigneur ; que tout ce passe pour moi selon ta parôle" (Lc, 1, 38). Par cette réponse Marie apportait "au salut des hommes, non pas simplement la coopération d'un instrument passif aux mains de Dieu, mais la liberté de sa foi et de son obéissance"(LG 56). Aussi Elisabeth énonce t-elle la grande béatitude de la Vierge Marie : "Heureuse, celle qui a cru à l'accomplissement des parôles qui lui furent dites de la part du Seigneur" (Lc, 1, 45).

Tout le rôle de Marie dans l'histoire du salut doit être compris à cette double lumière de la grâce et de la foi donnée.

Mère de Jésus, donc mère de Dieu.

Telle est l'affirmation centrale de la foi chrétienne au sujet de Marie : Marie a été choisie pour devenir la mère de Jésus, le Christ, le fils de Dieu, notre sauveur. On lo'appelle Mère de Jésus mais puisque Jésus est le fils de Dieu et Dieu lui même, la Tradition de l'église afirme que Marie est Mère de Dieu.


 Marie "toujours vierge".

La conception virginale de Jésus signifie son origine à la fois divine et humaine. Jésus a Dieu seul pour Père. Mais la foi de l'Eglise a scruté le rapport entre maternité et virginité de Marie. Elle a vu dans cette virginité le signe de la consécration absolue de la Mère au Fils, le signe de la disponibilité totale de Marie à l'ouvre de Dieu.

Aussi la foi chrétienne a t-elle reconnu en Marie celle qui est toujours vierge, la vierge par excellence. Elle tient que la naissance de Jésus n'a pas porté atteinte à la virginité de sa mère et que Marie est restée vierge pendant toute sa vie dans une fidélité totale.

Marie, la vierge sainte conçue sans péché.

C'est en approfondissant les parôles de l'ange : "Je te salue, comblée de grâce", que la Tradition a pu exprimer le double mystère de l'Immaculée Conception et de l'Assomption, au commencement et à l'accomplissement de la vie de la vierge.

"Au premier instant de sa conception, par la grâce et le privilège de Dieu tout puissant, et en considération des mérites de Jésus Christ, Sauveur du genre humain, la Vierge Marie fut préservée intact de toute souillure du pêché originel. "Telle est la foi de l'Eglise catholique, définie en 1854 par le pape Pie IX.

Marie est entièrement sainte, elle n'a commis aucun pêché. Plus encore, sa sainteté est "originelle". C'est la sainteté qui aété accordée gratuitement par Dieu à celle qui a donné au monde la source de la grâce. Mais le dogme de l'Immaculée Conception ne dit pas que Marie a échappé au besoin de rédemption et de salut, qui concerne toute la famille humaine. Elle appartient pleinement au peuple des rachetés, elle est la première rachetée. Par rapport à la Rédemption, elle est du même coté que nous. Comme nous tous, elle a été libérée du pêché et racheté par le Christ. Mais la grâce de Dieu la précède de façon unique. Le salut lui vient déjà, "dès le premier instant de sa conception", par anticipation, de la port et de la résurrection de son Fils. Le salut prend chez elle, non la forme de la guérison ou de la purification, mais celle de la préservation.

Marie dans la gloire.

 

La "coopération" de Marie à l'oeuvre du Salut (Cf. § à suivre).

 

Marie et l'église.

 

Les croyants et leur Mère.

 

 

Mater Populi fidelis

Note doctrinale sur certains titres mariaux
qui se réfèrent à la coopération de Marie
à l’œuvre du salut

 (DICASTÈRE POUR LA DOCTRINE DE LA FOI)

Présentation

Cette Note répond à de nombreuses questions et propositions parvenues au cours des dernières décennies au Saint-Siège – en particulier à ce Dicastère – sur des questions liées à la dévotion mariale et à certains titres mariaux. Ce sont des questions qui ont préoccupé les derniers Pontifes et qui ont été abordées à plusieurs reprises au cours des trente dernières années dans les différentes instances du Dicastère, tels que les Congrès, les Assemblées ordinaires, etc. Cela a permis à ce Dicastère de disposer d’un matériel abondant et riche, fondement de cette réflexion.

Tout en clarifiant le sens selon lequel certains titres et expressions qui se réfèrent à Marie sont acceptables ou non, ce texte se propose également d’approfondir les justes fondements de la dévotion mariale, en précisant la place de Marie dans sa relation avec les croyants, à la lumière du mystère du Christ, unique Médiateur et Rédempteur. Cela implique une profonde fidélité à l’identité catholique et, en même temps, un effort œcuménique particulier.

L’axe qui traverse toutes ces pages est la maternité de Marie à l’égard des croyants, une question qui revient à plusieurs reprises, avec des affirmations sans cesse reprises, en les enrichissant et en les complétant, telle une spirale, de considérations nouvelles.

La dévotion mariale, suscitée par la maternité de Marie, est ici présentée comme un trésor de l’Église. Il ne s’agit pas de corriger, mais bien de valoriser, d’admirer et d’encourager la piété du peuple de Dieu fidèle qui, en Marie, trouve refuge, force, tendresse et espérance parce qu’elle est une expression mystagogique et symbolique d’une attitude évangélique de confiance dans le Seigneur que l’Esprit-Saint lui-même inspire librement aux croyants. En effet, les pauvres trouvent « la tendresse et l’amour de Dieu dans le visage de Marie. En elle, ils voient se refléter le message essentiel de l’Évangile »[1].

En même temps, il existe des groupes de réflexion mariale, des publications, de nouvelles dévotions ainsi que des demandes de dogmes mariaux qui ne présentent pas les mêmes caractéristiques de dévotion populaire, mais qui, en définitive, proposent un certain développement dogmatique et s’expriment fortement à travers les réseaux sociaux, soulevant souvent des doutes chez des fidèles plus simples. Il s’agit parfois de réinterprétations d’expressions utilisées par le passé avec des significations diverses. Le présent document tient compte de ces propositions afin d’indiquer en quelle mesure certaines répondent à une dévotion mariale authentique et inspirée par l’Évangile, ou en dans quelle mesure d’autres doivent être évitées parce qu’elles ne favorisent pas une contemplation adéquate de l’harmonie du message chrétien dans son ensemble.

D’autre part, divers passages de cette Note offrent un large développement biblique qui aide à montrer comment l’authentique dévotion mariale n’apparaît pas seulement dans la riche Tradition de l’Église mais déjà dans la Sainte Écriture. Cette empreinte biblique exceptionnelle est accompagnée de textes des Pères, des Docteurs de l’Église et des derniers Pontifes. De cette façon, plutôt que de proposer des limites, la Note cherche à accompagner et à soutenir l’amour envers Marie et la confiance en sa maternelle intercession.

Víctor Card. Fernández
Préfet
 

Plan.

Présentation

Introduction

La coopération de Marie à l’œuvre du salut

Titres faisant référence à la coopération de Marie au salut

Co-rédemptrice

Médiatrice

Marie dans l’unique médiation du Christ
Féconds dans le Christ glorieux

Mère des croyants

Intercession
Proximité maternelle

Mère de grâce

Là où seul Dieu peut aller
De l’eau vive qui jaillit
L’amour qui se communique dans le monde
Critères
Les grâces
Notre union avec Marie
La première disciple

Mère du Peuple fidèle 

Introduction

1. [Mater populi fidelis] La Mère du Peuple fidèle[2] est contemplée avec affection et admiration par les chrétiens, parce que, si la grâce nous rend semblables au Christ, Marie est l’expression la plus parfaite de son action qui transforme notre humanité. Elle est la manifestation féminine de tout ce que la grâce du Christ peut opérer dans un être humain. Face à une telle beauté, poussés par l’amour, de nombreux fidèles ont toujours cherché à se référer à la Mère avec les paroles les plus belles et ont exalté la place particulière qu’elle occupe avec le Christ.

2. Ce Dicastère a récemment publié les Normes procédurales pour le discernement de phénomènes surnaturels présumés[3]. En relation avec ces phénomènes, il est fréquent que certains titres[4] et expressions qui se réfèrent à la Vierge Marie soient utilisés. Ces titres, dont certains apparaissent déjà chez les Saints Pères, ne sont pas toujours utilisés avec précision ; parfois, leur sens est modifié ou ils sont mal interprétés. Outre les problèmes terminologiques, certains titres présentent d’importantes difficultés de contenu, parce qu’il y a souvent une compréhension erronée de la figure de Marie avec de graves répercussions au niveau christologique[5], ecclésiologique[6] et anthropologique[7].

3. Le principal problème dans l’interprétation de ces titres appliqués à la Vierge Marie est de comprendre comment Marie est associée à l’œuvre rédemptrice du Christ, c’est-à-dire : « Quelle est la signification de la coopération unique de Marie au plan du salut ? »[8]. Sans vouloir épuiser la réflexion ou être exhaustif, le présent document cherche à préserver l’équilibre nécessaire qui doit s’établir, dans les mystères chrétiens, entre l’unique médiation du Christ et la coopération de Marie à l’œuvre du salut, et il entend montrer aussi comment celle-ci s’exprime dans divers titres mariaux.

La coopération de Marie à l'oeuvre du Salut

4. Traditionnellement, la coopération de Marie à l’œuvre du salut a été abordée selon une double perspective : à partir de sa participation à la Rédemption objective, accomplie par le Christ au cours de sa vie et particulièrement dans la Pâques, et à partir de l’influence qu’elle a actuellement sur ceux qui ont été rachetés. En réalité, ces perspectives sont liées entre elles et ne peuvent être considérées isolément.

5. La participation de Marie à l’œuvre salvifique du Christ est attestée dans les Écritures qui présentent l’événement salvifique accompli en Jésus-Christ comme une promesse, dans les écrits vétérotestamentaires, et comme une réalisation, dans le Nouveau Testament. Ainsi, Marie apparaît-elle déjà en Gn 3, 15, parce qu’elle est la Femme qui participe à la victoire définitive contre le serpent. C’est pourquoi, il n’est pas surprenant que Jésus s’adresse à Marie avec l’appellation de « Femme » au du Calvaire, (Jn 19, 26). À Cana aussi, Jésus l’appelle « Femme » (Jn 2, 4), renvoyant à Marie et à son rôle, près de Lui, à “l’Heure” de la Croix.

6. Là, à cette “Heure”, se manifeste la collaboration de Marie qui prononce à nouveau le “oui” de l’Annonciation et, dans ce moment sacré, l’Évangile passe du mot « Femme » sur les lèvres de Jésus (Jn 19, 26) à la présentation de Marie comme « Mère » (Jn 19, 27). Lorsque l’Évangile explique qu’en réponse le disciple, qui nous représente tous, la reçut, il utilise un verbe (lambanō) qui, dans l’Évangile, prend le sens d’“accueillir” dans la foi (cf. Jn 1, 11-12 ; 5, 43 et 13, 20). C’est aussi le verbe utilisé par le quatrième Évangile pour exprimer que la Lumière est venue chez les siens et qu’ils ne l’ont pas « accueillie » (Jn 1, 11). Cela veut dire que le disciple, qui tenait notre place près de Marie, l’a accueillie comme une mère dans la foi. Ce n’est qu’après nous avoir donné Marie comme mère que Jésus reconnaîtra que « tout est accompli » (Jn 19, 28). Cette allusion solennelle à l’accomplissement empêche d’interpréter l’épisode de manière superficielle. La maternité de Marie à notre égard fait partie de l’accomplissement du dessein divin qui se réalise dans la Pâque du Christ. En un sens semblable, l’Apocalypse présente la « Femme » (Ap 12, 1) comme la mère du Messie (cf. Ap 12, 5) et comme la mère du « reste de ses enfants » (Ap 12, 17).

7. Il faut se rappeler que Marie de Nazareth peut être considérée comme le « témoin privilégié »[9] des événements de l’enfance de Jésus[10] qui apparaissent dans les Évangiles (cf. Lc 1-2; Mt 1-2). Dans le prologue de son Évangile, Luc met en garde ses lecteurs : « Puisque beaucoup ont entrepris de composer un récit des événements qui se sont accomplis parmi nous, d’après ce que nous ont transmis ceux qui furent dès le début témoins oculaires […] j’ai décidé, moi aussi, […] de tout examiner avec diligence dès le commencement » (Lc 1, 1-3). Parmi ces témoins oculaires, se distingue Marie, protagoniste directe de la conception, de la naissance et de l’enfance du Seigneur Jésus. On peut dire la même chose des récits de la Passion, puisque « près de la croix de Jésus » se tenait « sa mère » (Jn 19, 25), et de l’attente de la Pentecôte, quand les apôtres étaient « assidus à la prière avec quelques femmes, dont Marie mère de Jésus » (Ac 1, 14).

8. Dans l’Évangile de Luc, Marie est la nouvelle Fille de Sion qui reçoit et transmet la joie du salut. Luc reprend les promesses prophétiques qui annonçaient la joie messianique (cf. So 3, 14-17 ; Za 9, 9). En elle s’accomplissent les promesses qui firent tressaillir de joie Jean-Baptiste (cf. Lc 1, 41). Élisabeth se présente comme indigne de recevoir la visite de Marie : « Comment m’est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur ? » (Lc 1, 43). Élisabeth ne dit pas : “Qui suis-je pour que mon Seigneur me visite ?” Elle se réfère directement à la mère, ce qui nous fait voir le lien indissoluble entre la mission du Christ et celle de Marie. Élisabeth parle remplie de l’Esprit Saint (cf. Lc 1, 41), afin que son attitude envers Marie soit présentée comme un modèle de foi. Poussée par l’Esprit, elle prononce les paroles suivantes : « Bénie es-tu entre les femmes, et béni le fruit de ton sein !» (Lc 1, 42). Il est frappant de constater que, sous l’action de l’Esprit, il ne lui suffit pas de déclarer Jésus “béni”, mais qu’elle déclare “bénie” aussi la mère. Elle les contemple intimement unis dans ce moment de joie messianique. Marie apparaît ici comme la femme “heureuse” par excellence : « Bienheureuse celle qui a cru » (Lc 1, 45) ; « Mon esprit trésaille de joie » (Lc 1, 47) ; « toutes les générations me diront bienheureuse » (Lc 1, 48). Cela devient encore plus important si l’on remarque que, dans l’Évangile de Luc, ce bonheur n’apparaît pas comme un état d’esprit, mais comme l’accomplissement des promesses messianiques chez les petits (cf. Lc 6, 20-22), qui reçoivent une grande récompense dans le ciel (cf. Lc 6, 23).

9. Dans les premiers siècles du christianisme, les Saints Pères s’intéressèrent principalement à la maternité divine de Marie (Theotokos), à sa virginité perpétuelle (Aeiparthenos), à sa sainteté parfaite, exempte de péché tout au long de sa vie (Panagia), et à son rôle de nouvelle Ève[11], en concentrant sur le mystère de l’Incarnation la réflexion sur l’association de Marie à la Rédemption du Christ. Le “oui” de Marie devant le salut de l’archange Gabriel afin que le Verbe de Dieu prenne chair en son sein (cf. Lc 1, 26-27), donne à l’être humain la possibilité d’être divinisé. Saint Augustin déclare donc la Vierge “coopératrice” de la Rédemption, insistant à la fois sur l’action de Marie avec le Christ et sur sa subordination à Lui, car Marie coopère avec le Christ afin que « les fidèles naissent dans l’Église »[12]et, pour cette raison, nous pouvons l’appeler Mère du Peuple fidèle.

10. Au cours du premier millénaire, la réflexion sur la Vierge Marie dans l’Église renvoie à la liturgie. La grande et riche diversité des traditions liturgiques de l’Orient chrétien voulait être un écho fidèle des Saintes Écritures, des Conciles et des Pères de l’Église. La lex orandi, qui devint lex credendi, configure la mariologie orientale d’après l’hymnographie, l’iconographie et la piété populaire[13]. Par exemple, à partir du Ve siècle furent établies en Orient les fêtes mariales qui, par la suite, au VIIe siècle, passèrent en Occident. La participation de la Mère de Dieu à l’œuvre du salut est mentionnée non seulement dans toutes les anaphores et liturgies eucharistiques des Églises orientales, mais aussi et surtout dans les textes hymnographiques utilisés aux heures canoniales, présents dans les différentes traditions liturgiques de l’Orient chrétien. L’hymnographie abonde en compositions dédiées à Marie et riches d’allégories bibliques[14]dans lesquelles on invoque l’intercession de la Mère de Dieu et qui permirent d’approfondir le mystère fondamental de l’Incarnation et sa signification pour la Rédemption dans le Christ, grâce à un langage riche de symbolisme poétique capable d’exprimer l’émerveillement et la stupéfaction de ceux qui, étant de la même lignée que Marie, contemplent les prodiges que le Tout-Puissant a réalisés en elle[15].

11. L’enseignement des premiers conciles œcuméniques commence à dessiner le dogme de Marie, Mère de Dieu, proclamé ensuite au Concile d’Éphèse. L’Orient chrétien a toujours défendu doctrinalement les dogmes définis par ces premiers conciles, au moins dans les Églises qui ont accepté les Conciles d’Éphèse et de Chalcédoine. En même temps, elle a accueilli, dans ses traditions liturgiques, hymnographiques et iconographiques, les récits et légendes mariales populaires relatifs aux récits de l’enfance et de la mort de Jésus. Ces narrations cherchent à nourrir la piété du Peuple de Dieu, en donnant voix au lyrisme des images poétiques, qui n’ont d’autre objectif que de susciter l’émerveillement. Cette vénération de la Mère de Dieu se manifeste aussi à travers l’iconographie qui offre une image visuelle de Marie et du Verbe incarné. Il reste significatif que les iconographies traditionnelles de ces Églises liées aux conciles d’Éphèse et de Chalcédoine représentent majoritairement Marie comme “Theotokos”[16] et furent réalisées pour contempler en elles la Vierge-Mère qui présente au monde et étreint son Fils, l’enfant Jésus, tandis qu’elle intercède pour l’humanité auprès de Lui. Ainsi, l’iconographie mariale orientale, en tant que kérygme et rappel visuel en couleurs de la théologie des premiers conciles et des Saints Pères, veut être une traduction visuelle des titres spécifiques qui s’appliquent à la Vierge[17]. C’est pourquoi les icônes doivent être “lues” à partir de la liturgie et des hymnes. Marie n’est pas l’objet d’un culte placé à côté du Christ, mais elle est insérée dans le mystère du Christ à travers l’Incarnation[18]. Elle est l’icône en qui se vénère le Christ lui-même. Elle est la Theotokos, la Vierge Mère qui présente son fils Jésus, le Christ, et elle est, en même temps, l’Odigitria qui montre, en le désignant de sa main, le seul Chemin qui est le Christ.

12. À partir du XIIe siècle, la théologie occidentale[19] s’est tournée vers la relation qui unit la Vierge Mère au mystère de la Rédemption cruelle du Calvaire, et associe l’image de l’épée de Siméon à la Croix du Christ. La présence de Marie au pied de la Croix est comprise comme un signe de force chrétienne, pleine d’amour maternel. Saint Bernard, dans un commentaire sur la présentation de Jésus au Temple, parle de la coopération de Notre Dame au sacrifice rédempteur [20]. Arnaud, ami de saint Bernard et abbé bénédictin de Bonneval (mort après 1159), considère pour la première fois la coopération de Marie au sacrifice du Calvaire, unie à son Fils Jésus-Christ[21].

13. La coopération de la Mère et du Fils à l’œuvre du salut a été exposée par le Magistère de l’Église[22]. Comme le dit le Concile Vatican II, « les Saints Pères considèrent Marie non pas simplement comme un instrument passif aux mains de Dieu, mais comme apportant au salut des hommes la coopération de sa libre foi et de son obéissance »[23]. Cette association de la Vierge est présente à la fois dans la vie terrestre de Jésus-Christ (conception, naissance, mort et Résurrection) et dans le temps de l’Église.

14. Le dogme de l’Immaculée Conception met l’accent sur la primauté et l’unicité du Christ dans la Rédemption, parce que même la première rachetée est rachetée par le Christ et transformée par l’Esprit, avant toute possibilité d’une action propre[24]. C’est à partir de cette condition particulière de “première rachetée” par le Christ, de “première transformée” par l’Esprit-Saint, que Marie peut coopérer plus intensément et plus profondément avec le Christ et avec l’Esprit, en devenant un prototype[25], un modèle et un exemple de ce que Dieu veut accomplir en chaque personne rachetée[26].

15. La collaboration de Marie à l’œuvre du salut a une structure trinitaire, parce qu’elle est le fruit d’une initiative du Père, qui a vu la petitesse de sa Servante (cf. Lc 1, 48) ; elle jaillit de la kenōsis du Fils, qui s’est humilié en prenant la forme d’un Serviteur (cf. Ph 2, 7-8) et elle est l’effet de la grâce de l’Esprit-Saint (cf. Lc 1, 28.30), qui a disposé le cœur de la jeune femme de Nazareth de telle façon qu’elle réponde à l’Annonciation et tout au long de sa vie de communion avec son Fils. Saint Paul VI enseignait que « dans la Vierge, tout se rapporte au Christ et tout dépend de lui : c’est pour lui que Dieu le Père, de toute éternité, l’a choisie comme Mère toute sainte et l’a parée de dons de l’Esprit à nul autre consentis »[27]. Le oui de Marie n’est pas une simple condition préalable à quelque chose qui aurait pu être réalisé sans son consentement ni sa collaboration. Sa maternité n’est pas simplement biologique et passive[28], mais elle est une maternité « pleinement active »[29]qui s’unit au mystère salvifique du Christ comme instrument aimé par le Père dans son dessein de salut. Elle « est la garantie qu’Il est vraiment homme, en tant que “né d’une femme” (Ga 4, 4), mais elle est aussi, depuis la proclamation du dogme de Nicée, la Theotokos, celle qui enfante Dieu »[30]

Titres faisant référence à la coopération de Marie au salut

16. Parmi les titres sous lesquels Marie a été invoquée (Mère de la Miséricorde, Espérance des pauvres, Aide des chrétiens, Secours, Avocate, etc.), certains se réfèrent davantage à sa collaboration à l’œuvre rédemptrice du Christ, comme par exemple Co-rédemptrice et Médiatrice. :

Co-rédemptrice

Médiatrice

Mère des croyants

Mère de la grâce


Référence : Mater Populi fidelis (4 novembre 2025)

 

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